Un métier bien représenté à Noyers au 19ème… le vigneron


Poursuivons l’évocation du passé viti-vinicole de Noyers(-sur-Serein)…

En 1809, les vignerons à Noyers sont au nombre de 162 et les tonneliers, 4, sur une population d’environ 1 900 habitants, soit 8,5 % de la population (1).

En 1872, ils sont 142 vignerons, 5 tonneliers et 3 cercliers. Ces deux derniers métiers prouvent qu’il y a alors un commerce du vin non négligeable. (2)

Les vignerons représentent presque 10 % de la population totale puisque le recensement de cette année-là indique 1 483 habitants. On est, la plupart du temps, vigneron de père en fils et les mariages se font entre familles de vignerons.
Les grandes familles vigneronnes sont les Baujard, Bonnetat, Cunault, Gautherot, Heurley, Leclerc, Meigne, Montandon, Mouchot, Pothier, Richon et Rodot. On trouve plusieurs membres de la famille Pothier mariés à des membres de la famille Leclerc, des Leclerc à des Rodot, des Rodot à des Richon, des Mouchot mariés à des Cunault, des Cunault à des Charton ou des Meigne, des Meigne à des Leclerc et des Montandon à des Baujard.
Dans la famille Vallet, les hommes sont cercliers ou tonneliers et les femmes se marient à des vignerons : ainsi Judith Vallet est-elle mariée à Louis Montandon et Françoise Vallet à Jean-Noël Montandon ; elles épousent aussi des tonneliers comme Marguerite Vallet mariée à Christophe Bonnetat.

34 vignerons, soit 25 %, vivent rue d’Annay, aujourd’hui rue des Vignerons, et pour cause ! On comprend pourquoi la municipalité décida de la rebaptiser ainsi dans les années 2000. La rue d’Annay (anciennement rue des Pressoirs) est LA rue des vignerons puisque 80 % des ménages de cette rue sont des ménages vignerons. 19 habitent les rues basses (aujourd’hui rue du bassin, rue Monnot, de Bresse et Guérard) et 18 rue du passage « d’Ah Ah ! »(3) (aujourd’hui place d’Aa), soit 14 % dans les deux cas. 10 % demeurent rue de Venoise, rue du Jeu de Paume ou rue de l’Eglise.

Les vignerons sont répartis au Centre et au Sud de Noyers mais se concentrent tout de même entre la rue d’Annay et les rues Basses. C’est d’ailleurs là que l’on trouve aujourd’hui encore quantité de maisons de vignerons. Comme dans d’autres villes plus importantes de Bourgogne, on constate qu’ils n’habitent pas les fermes alentour mais le centre de la ville et que les vignes se trouvent juste à l’extérieur de cette ville, pour une bonne partie en tout cas.

On ne trouve aucun vigneron, ou presque, dans la rue principale ou sur les places telles que celle de l’Hôtel de Ville ou celle du Marché au blé.

A Puits-de-Bon, 8 vignerons sur 57 ménages soit 14% des ménages.

Rappelons-nous qu’à l’époque le vigneron vient bien après le laboureur dans l’échelle des valeurs sociales, qu’il travaille pour un propriétaire et que sa condition est assez misérable. On parle d’ailleurs d’un « prolétariat vigneron ».
Les maisons de vignerons de Noyers l’attestent : petites, avec un rez-de-chaussée légèrement surélevé, serrées les unes contre les autres. Une pièce unique sur une cave voûtée peu enterrée car la zone est inondable (Noyers est situé dans l’un des nombreux et profonds méandres du Serein qui l’encercle presque complètement). L’entrée de cette cave est souvent située sous un petit escalier d’entrée. Éventuellement à côté une pièce pour mettre l’âne (il paraît qu’il y en avait une centaine à Noyers à la fin du 19ème/début du 20ème siècle). Et au-dessus, la petite fenêtre d’un grenier accessible par une échelle depuis la pièce unique et principale où l’on mettait le fourrage pour l’âne (et notamment le sainfoin (4)).

En 1911 (5), les Vignerons/Viticulteurs ne sont plus que 64, soit une baisse de 55 % par rapport à 1872 et de 60 % par rapport à un siècle plus tôt.

C’est chose logique car la population du village a baissé de près de 10 % (- 128 habitants) en 40 ans passant de 1 483 en 1872 à 1 355 en 1911. La cause essentielle en est évidemment le phylloxéra et l’exode rural qui a particulièrement touché le département de l’Yonne dès la seconde moitié du 19ème siècle et au 20ème siècle.

Les métiers de Tonneliers et Cercliers ont disparu ce qui démontre qu’il n’y a plus de commerce de vin à Noyers mais seulement une production pour les besoins locaux.

Un métier est apparu en revanche, celui de Viticulteur. Ils sont au nombre de quatre : Renard était inscrit comme vigneron en 1872, tout comme Gautherot. Bonnetat doit être le fils du tonnelier Christophe-Marie Bonnetat. Nous notons qu’un certain nombre d’enfants n’ont pas choisi le métier de leur père ou ont changé de métier entre 1872 et 1911 : phylloxéra, conditions économiques, le métier est devenu trop difficile et ne paie pas. Ils sont devenus ouvrier, cultivateur, facteur des Postes, « manouvrier », cantonnier, jardinier ou clerc de notaire.

Comme auparavant, la rue d’Annay est LA rue des vignerons, 13 y demeurent et 3 des 4 viticulteurs également : un total de 16 ce qui fait encore 25 % de la population vigneronne qui demeure dans cette rue.

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(1) il s’agit d’un registre civique, institué par la Constitution de l’an VIII (décembre 1799) et non pas d’un dénombrement général, si bien qu’il ne comprend que les noms, prénoms et qualités des seuls citoyens masculins, voir Archives de l’Yonne en ligne.
(2) Dénombrement de la population 1872, État nominatif des habitants de la commune de Noyers, Archives de l’Yonne
(3) ainsi noté dans le dénombrement de 1872
(4) le sainfoin fut largement cultivé à Noyers. Il était utilisé comme fourrage. Comme il n’y a aujourd’hui plus de bétail aux alentours, cette culture a totalement disparu.
(5) Dénombrement de 1911, État nominatif des habitants de la commune de Noyers, Archives de l’Yonne

 

Archives de l’Yonne en ligne