Le vin de Noyers


Reprenons notre évocation du passé viti-vinicole de Noyers (-sur-Serein).

Comme je l’ai indiqué dans de précédents articles, tout parle de Vigne et de Vin à Noyers.

On trouve, dans les archives, un certain nombre d’écrit sur la vigne. Les écrits sur le vin sont plus rares. De plus, il est difficile de juger de la qualité d’un vin, avec la subjectivité qu’un jugement sur le goût peut avoir à des époques où il n’était pas forcément le même que le nôtre et où, de toute façon, il avait peu à voir avec celui d’aujourd’hui ; à une époque où les descripteurs du vin n’existaient pas (ou presque) et où une science comme l’œnologie restait à inventer.

Lorsque l’on sait, de plus, que Gaspard Marin cité ci-dessous et auteur de la chronique dont il est question l’a offerte au seigneur de Noyers de l’époque, en l’occurrence Lénor d’Orléans, duc de Longueville, alors qu’il occupait le poste de procureur de la famille d’Orléans à Noyers, on peut facilement imaginer que Gaspard Marin n’aura pas voulu vexer le seigneur qui l’employait. En 1561, il écrit : « lequel (chastel) est aussi embelly et enrichy de ses deux flancs et costés, de belles vignes produisans de très bon vin…« .(1)

Gallica, extrait de la page 3 du Recueil de l’Antienne cronique et généalogie de l’illustre et noble Seignorie de Noyers de Gaspard Marin, 1561

« Le Païs est médiocrement fertile, & produit du bled & plusieurs sortes de vins » (2).

« Le Sol y est médiocrement fertile, ; il y croit du bled & de plusieurs sortes de vin » (3).

« Cette ville*, située dans un vallon, est entourée de côteaux qui produisent d’assez bons vins. Terroir médiocre » (4) indique M. Courtépée en 1780.

En 1778, on sait que la mairie de Noyers intente un procès à 21 « vignerons » et « journaliers » qui ont usurpé 200 journaux de chaumes au lieu-dit « les Survignes » pour y planter de la vigne parce que les terres ne leur appartiennent pas, eux-mêmes se défendant en expliquant que ces terres étaient incultes et que la ville n’en tirerait donc rien.

Le Serein à Poilly-sur-Serein

A l’extérieur de la ville, au « Faubourg », les restes des bâtiments de l’ancien prieuré Notre-Dame (ordre de Saint-Benoît) dépendant de l’abbaye de Molesmes et aujourd’hui maison d’habitation, ont été en partie transformés en grange et pressoir : en tout cas, la chapelle du couvent, de la fin du 12ème/début du 13ème siècle, a été désaffectée et une cave y a été 
construite avec un pressoir (pour ce faire, les dalles funéraires furent enlevées) installé par Monsieur Jacquillat, commissionnaire en vin à Poilly-sur-Serein et propriétaire des lieux à une date qui n’est pas connue avec précision mais qui se situe évidemment après 1792 et la vente des biens immobiliers religieux comme bien nationaux. (6)

Dans les notes du poème héroï-comique sur l’avocat Mignon, Noyers est « assez agréablement situé sur le Serin, et entourée de côteaux fertiles en vins, dont les marchands déguisent l’origine pour les vendre à Paris, comme vins d’Auxerre, de Tonnerre ou d’Avalon« .(7)(8) 

L’article sur Noyers de la Nouvelle géographie universelle descriptive, historique, industrielle et commerciale des quatre parties du monde de William Guthrie, parue en 1807 (Tome 2, 2ème partie, Hyacinthe Langlois, Paris, p365) indique qu’il y est fait « commerce de vin« . Qui dit commerce de vin dit élaboration du vin localement, surtout à une époque où les transports n’étaient pas aussi aisés qu’aujourd’hui.


Gallica, extrait de la page 39 du
Voyage de l’avocat Mignon de Noyers à Paris ; lors de la dernière Fête du
14 juillet de Duret,
poème héroï-comique en 4 Chants, an X, 1802, chez Desenne et Tardieu, libraires, Paris,

M. Guérard dit plus ou moins la même chose que M. Courtépée 75 ans plus tard : « Le terroir de Noyers est médiocre… On y récolte des grains de toute espèce, du vin léger, assez agréable. (…) On y fabrique de la grosse bonneterie, des droguets et des grosses étoffes de laine et de coton pour les vignerons et les gens de la campagne. » (9)

* « ville » car à cette époque, Noyers est une petite ville d’un peu plus de 2 000 habitants, comme Chablis.

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(1) Gaspard Marin, Recueil de l’Antienne cronique et généalogie de l’illustre et noble Seignorie de Noyers, 1561, présenté par Ernest Petit – Imprimerie de Gustave Perriquet, Auxerre, 1876, p3
Gallica, Recueil de Gaspard Marin, 1561
(2) Antoine Garreau, Description du gouvernement de Bourgogne suivant les principales Divisions Temporelles, Ecclésiastiques, Militaires et Civiles, A. de Fay, Imprimeur et Libraire des Etats, de la Ville et de l’Université, 1734, p544
(3) Abbé Jean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules, 1768, p265
(4) Courtépée, prêtre, sous-principal Préfet du Collège de Dijon, Description historique et topographique du Duché de Bourgogne, Tome V, Causse Imprimeur du Parlement à Dijon, 1780, p444
(5) Alessandro Stella, Le profil social des vignerons de la Bourgogne du Nord du 14ème au 18ème siècle, Bulletin du Centre Pierre Léon d’histoire économique et sociale, 3-4 1996, p78 citant Marin Gelez, Documents pour servir à l’histoire de la ville de Noyers, 10 tomes manuscrits, 2ème moitié du 19ème siècle, conservés aux Archives Départementales de l’Yonne
(6) Jacques Dreano, 1997, pp5-7 et Monuments historiques et bâtiments protégés de Noyers
(7) « C’est à peu près à la même époque (1245) que frère Salimbene, moine franciscain italien… est obligé de constater que dans le vaste espace que comprend le diocèse de cette ville (Auxerre), monts, coteaux, plaines et champs sont, comme je l’ai vu de mes propres yeux, couverts de vignes. Les gens de ce pays, en effet, ne sèment point, ne moissonnent point, n’amassent point dans les greniers. Il leur suffit d’envoyer leur vin à Paris par la rivière toute proche, qui précisément y descend. La vente du vin en cette ville leur procure de beaux profits qui leur paient entièrement le vivre et le vêtement ». Marcel Lachiver, Vins, vignes et vignerons, Histoire du vignoble français, Fayard, 1988, p76. « Avec les vins de l’Yonne, les seuls à l’époque à être appelés vins de Bourgogne, la viticulture parisienne dispose donc d’un renfort de qualité qui ne fera que s’affirmer au cours des siècles suivants. » id., p77
« [A la fin du Moyen-Âge], à Auxerre sont embarqués non seulement les vins de Chablis tout proche (vins blancs mais aussi rouges), car le Serein n’est pas navigable, mais aussi ceux de Tonnerre… Les Bourgeois de Paris attendent avec impatience les vins de cette région qui sont moins verts que ceux des environs de Paris, et qui sont abondants, tant le vignoble s’est développé sur les terrains propices du jurassique supérieur », id., p163
(8) Duret, Voyage de l’avocat Mignon de Noyers à Paris ; lors de la dernière Fête du 14 juillet, poème héroï-comique en 4 Chants, an X, 1802, chez Desenne et Tardieu, libraires, Paris, p39
Gallica, Voyage de l’avocat Mignon p39
(9) Guérard, Annuaire historique du département de l’Yonne, Recueil de documents authentiques destinés à former la statistique départementale, Perriquet & Rouillé imprimeurs-libraires, éditeurs, Auxerre, 1854, p362
Gallica, Annuaire historique du département de l’Yonne, 1854, p 362