Les vignes des Seigneurs de Noyers – XIVème & XVème siècle


Nous poursuivons l’évocation du passé viticole de Noyers(-sur-Serein). Comme indiqué dans un précédent article, tout y parle en effet de Vigne et de Vin.

Dans leurs thèses respectives sur le château de Noyers, Christine Rebours(1) et Fabrice Cayot(2) nous expliquent que du temps des Seigneurs de Noyers, d’après les Terriers* de 1344 et 1484, les vignes se trouvent sur la colline de la Maladière, autour du château et sur d’autres versants du plateau (Venoise, Fontaine-Froide, Choumains, Rudes Bœufs, etc.).
On trouve aussi des vignes à la « Rivière« (3).

Le Seigneur de Noyers possède 15 hectares de vignes, presque 37 arpents(4), sur le finage de Noyers au début du XIVème siècle.

A la fin du XVème, c’est la vigne de la Maladière qui est la plus importante avec celle près du Château.
Quelques exemples de parcelles :
« la Coste de Venoise » : 13 parcelles en 1344 et 42 en 1484
« Dessoubz le chastel » : 5 parcelles en 1344
« Dessoubz le pont du chastel » : 1 parcelle en 1344
« Soubz le colombier de Noyers es coste de la Rue » : 4 parcelles en 1484 (Fabrice Cayot, 2007, p 106)

A la Rivière, le seigneur de Noyers possède un peu plus de 7 arpents et 13 arpents à Fresnes.

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Vigne à l’état sauvage sur les Choumains, Noyers

Jusqu’en 1426, ces vignes sont entretenues par une main d’œuvre locale pour le compte du Seigneur ; à partir de cette année-là, les vignes sont acensées à une quinzaine d’habitants. Les vignes étant affermées, il n’y a plus de chiffres disponibles après cette date.

Lorsqu’à la mort de son mari le Duc de Bourgogne Jean Sans Peur, en 1419, la Duchesse Marguerite de Bavière décide d’acheter la terre de Noyers dont la dernière descendante de la branche principale, Jeanne de Noyers, est morte sans héritier mâle, elle se fait remettre un rapport par ses officiers.

Celui-ci indique que « Noyers est un moult notable chastel, ayant bonne ville fermée et assis en bon pays, sur rivière, bois, gaignaiges et vignobles ; et c’est commune renommée que ce a esté le plus chastel du royaume…« (5).

A cette occasion, un inventaire des biens est réalisé par Jehan Bonost, conseiller et maître des comptes de la Duchesse, qui nous explique que le vin est stocké au château dans une vinée contenant trois grandes cuves : « en une chambre de costé appelée vinée : trois grans cuves à mettre vandainge et un pou de marien à faire poinssons pour mectre vin« (6).

Dans les registres de comptes cités par Christine Rebours (1987, pp 65-67), on trouve les rémunérations pour l’entretien des vignes ainsi que les missions à accomplir et les fournitures nécessaires (comme des paisseaux par exemple) car les prix en sont indiqués.
On connaît la date exacte et la durée des vendanges, le nombre de vendangeurs, de hotteurs, de fouleurs ainsi que leur salaire et leur nourriture de 1419 à 1424.
Sont mentionnés également tous les frais qu’engendrent les vendanges comme ceux des charretiers, des gardes, des tonneaux, des chandelles (lorsque le pressurage est fait de nuit !) ou encore de suif pour graisser le pressoir.
On connaît ainsi la production de chacune de ces années :
– en octobre 1419, la production est de 16 grands meulx (soit 24 meulx puisque 1 grand meud = 1 meulx 1/2**)
– en 1424, elle est de 27 muids à la jauge

Il y a deux pressoirs à Noyers situés dans la « Maison des Pressoirs » qui sont affermés tous les ans, en principe, entre 2 et 8 muids de vin. A plusieurs reprises, il n’y a pas d’affermage et l’on sait qu’il n’y a pas de vin ces années-là car les vignes ont gelé : de 1422 à 1434 puis en 1486, 1493 et 1494***.

Le premier Terrier mentionne 243 arpents en 300 parcelles de vignes réparties en 160 propriétaires et celui de 1484, 155 arpents en 377 parcelles pour 168 propriétaires (sans compter les propriétés seigneuriales)(7). C’est assez considérable car si l’on prend la mesure de 42 ares pour 1 arpent, il s’agit de 102 hectares et de 65 hectares 140 ans plus tard.

En 1458, le duc Philippe le Bon accorde une lettre de rémission à un certain Guy Roydot de Noyers, garde de l’une des portes du château, qui avait été condamné pour avoir à plusieurs reprises laissé ouvert le cellier du receveur « afin qu’aidé de six complices ils peussent prendre et tirer du vin es vaisseaux du receveur.« (8).

Entre 1474 et 1475, une tour est créée dans les vignes « à façon de fer à cheval, qui tient au boulevard« (9)…

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* Terrier :  en droit ancien, registre contenant la description des terres et censives (terres assujetties au cens) qui dépendaient d’un seigneur. Il devait être régulièrement renouvelé.
** Meud, meulx, meus : muid, soit un tonneau/fût/futaille de taille variable selon les régions
*** Climat, voir Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, Flammarion, 1967 –  Histoire humaine et comparée du climat en 3 tomes (Canicules et glaciers XIIIème-XVIIIème siècles, 2004 – Disettes et révolutions, 2006 – Le réchauffement de 1860 à nos jours, 2009), éditions Fayard – Interview par Olivier Le Naire dans l’Express du 2 février 2015 : « Survient alors, en gros de 1300 à 1850, le petit âge glaciaire, où la température redescend en moyenne de 0,5 à 1 degré. Le plus frais correspondant à ce que l’on appelle le « minimum de Maunder », qui se situe entre 1645 et 1715 « .

Sources

(1) – Christine Rebours, Noyers et sa châtellenie au XVème siècle, Mémoire de maîtrise d’histoire, dir. Alain Girardot, UER d’histoire de Dijon, année 1986-87, 163p
(2)  Fabrice Cayot, le Château de Noyers sur Serein, contribution à l’étude des châteaux en Bourgogne du Nord à la fin du Moyen-Age, Thèse de doctorat de l’Université de Bourgogne, dir. Alain Saint Denis, UFR Lettres et Sciences Humaines, décembre 2007, 526p
(3) – « Les villages La Rivière : nom collectif donné autrefois aux quatre villages de Môlay, Arton, Annay et Perrigny, Canton de Noyers », tous situés dans la vallée du Serein. Maximilien Quantin, Dictionnaire Topographique du département de l’Yonne, Paris Imprimerie impériale, 1862, p 108. Auparavant, en latin « Riparia », Maximilien Quantin, Cartulaire général de l’Yonne, Tome 1, publié par la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, Perriquet, Auxerre, 1854, p 232 & 590
(4) L’arpent de Noyers mesurait 42 ares, Alessandro Stella, Le profil social des vignerons de la Bourgogne du Nord du XIVe au XVIIIe siècle. Bulletin du Centre Pierre Léon d’histoire économique et sociale, 3-4 1996, p 75.
(5) Archives Départementales de la Côte d’Or, Chambre des Comptes, cité par Ernest Petit, Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, Secrétariat de la Société, Auxerre, 1874, p 78
(6) Archives Départementales de la Côte d’Or, Chambre des Comptes, B 1277, cité par Ernest Petit, Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, Secrétariat de la Société, Auxerre, 1874, p 349
(7) Alessandro Stella, id., p 75
(8) Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, Catalogue des Chartes des Archives du département du Nord, Série B concernant le département de l’Yonne, B 1687, Maximilien Quantin, Secrétariat de la Société, Auxerre, 1882, p 178
(9) Archives Départementales de la Côte d’Or, Chambre des Comptes B 5547, cité par Ernest Petit, Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, Secrétariat de la Société, Auxerre, 1874, p 297